Fin 2017, le Parlement a rejeté sèchement l’initiative « Monnaie pleine ». Fait assez rare, tous les groupes politiques, de la gauche à la droite, l’ont refusée. Le côté expérimental du système, qui bouleverserait fondamentalement la politique monétaire et la politique du crédit, ont été la raison principale du rejet. Monnaie pleine sera soumise à votation le 10 juin.

Les majorités rejetantes ont été impressionnantes. Le Conseil des Etats a refusé le texte par 42 voix contre zéro et une abstention ; le Conseil national par 169 voix contre 9 et 12 abstentions. Il est rare d’assister à une telle unanimité de tous les groupes politiques contre une initiative populaire.

L’initiative veut empêcher les banques commerciales de créer de la monnaie « scripturale », ce qu’elles font aujourd’hui lorsqu’elles accordent des crédits. Les montants accordés sont le plus souvent supérieurs aux montants déposés par la clientèle, ce qui équivaut à produire de la monnaie. Pour les auteurs de l’initiative, cette possibilité est à la source de bulles spéculatives qui menacent les dépôts de la clientèle. Seule la Banque nationale suisse doit pouvoir créer la monnaie scripturale.

Il est difficile de se faire une idée de ce que donnerait la mise en œuvre de l’initiative. Selon ses auteurs, tout serait parfait : « vrai » argent à l’abri des crises, pas de ruées sur les banques en cas de crainte de faillite, aucun changement pour le secteur bancaire traditionnel, plus grande équité… Comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

De nombreux parlementaires ont reproché à l’initiative d’être un projet purement conceptuel. En l’acceptation, la Suisse se livrerait à une expérimentation aux conséquences imprévisibles. En tant que place financière forte, stable et sûre, on voit mal l’intérêt de se lancer dans un tel cavalier seul.

Du point de vue des banques et de leur clientèle – qu’il s’agisse de PME ou de personnes physiques – les impacts négatifs concrets seraient évidents : moins de possibilités d’accorder des crédits signifierait moins d’investissements ; et moins de possibilités de faire «travailler» l’argent des comptes signifierait report des coûts réels sur la clientèle (frais bancaires, de virements, de retraits aux bancomats etc…). Au final, le consommateur serait le dindon de la farce, alors que son compte n’est pas en danger.

« Monnaie pleine » veut rendre les dépôts bancaires plus sûrs. Mais il n’est pas certain que la clientèle des banques soit tellement inquiète. Il est certain en revanche que diverses mesures législatives ont été prises ces dernières années pour encadrer l’activité bancaire, comme les exigences en matière de fonds propres ou la protection des dépôts (100’000 francs par client et par banque). Aucune révolution n’apparaît donc nécessaire. L’institution à laquelle l’initiative veut confier tous les pouvoirs – la BNS – n’en veut pas. C’est tout dire !

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