Jeudi 26 avril, le Comité interpartis a lancé sa campagne contre l’initiative monnaie pleine lors d’une conférence de presse à Berne. L’alliance des partis contre ce texte va de la droite à la gauche. Cinq partis étaient présents : le PDC, le PLR, le PS, l’UDC et les Vert’libéraux, mais le PBD et le PEV font aussi partie du Comité. Les orateurs ont dénoncé l’initiative comme une expérimentation risquée, qui bouleverserait totalement le système monétaire suisse et qui produirait une hausse du coût du crédit et des frais bancaires.

Le conseiller aux Etats soleurois Pirmin Bischof (PDC) a mis le risque d’une telle expérience au centre de son discours : « la Suisse dispose aujourd’hui d’un système monétaire stable et efficace, et les comptes bancaires sont sûrs ». Ce que proposent les initiants consisterait à ses yeux à mettre le système actuel sur sens dessus-dessous sans nécessité.

Ainsi que l’a souligné le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD), la création monétaire dépend aujourd’hui à 10% de la Banque nationale suisse (pièces et billets), tandis que les banques commerciales créent les 90% restants (monnaie scripturale) à travers le processus d’octroi des crédits. L’initiative veut renverser tout cela et confier l’entier de la création de monnaie à la BNS. « Aucun pays au monde n’a jamais mis en œuvre une telle politique, ce n’est sans doute pas pour rien », a-t-il ajouté.

De son côté, la conseiller nationale socialiste Suzanne Leutenegger Oberholzer (BL), qui fait partie des voix critiques en matière bancaire, n’a pas ménagé l’initiative. D’abord, elle ne serait d’aucune utilité en cas de crise financière, et au contraire elle mettrait la Suisse dans une situation périlleuse, ne serait-ce qu’en raison du délai prévu de mise en œuvre. Par ailleurs, la socialiste l’a affirmé : « le trafic des paiements deviendrait plus coûteux ». Et même en cas d’augmentation des taux d’intérêts, les comptes ne rapporteraient plus rien, puisqu’ils seraient bloqués, et en cas d’inflation ils perdraient de leur valeur. Les personnes modestes seraient les premières touchées.

La conseillère national vert’libérale Kathrin Bertschy a également mis en avant l’augmentation prévisible des coûts pour les ménages et les PME. Ce sont non seulement les ménages souhaitant accéder à la propriété qui en souffriraient, mais les entreprises, que ce soit des start-up ou des PME.  La parlementaire bernoise a dénoncé aussi les promesses des initiants, selon lesquelles la BNS pourrait distribuer à la population des milliards de francs chaque année.

Enfin, le conseiller national zurichois Thomas Matter (UDC) a relevé ce même risque.  Aujourd’hui la BNS émet des francs, mais acquiert en contrepartie des devises ou des titres qu’elle revend lorsque c’est nécessaire et annule les francs ainsi créés. Avec l’initiative « la BNS serait contrainte d’offrir des milliards à la Confédération, aux cantons et aux citoyens, argent qui ne pourrait plus être retiré le jour où l’inflation serait à la hausse ». Thomas Matter a d’ailleurs rappelé que la Banque nationale était absolument opposée à l’initiative.

Il a fallu constater que la conférence de presse du Comité interpartis « Monnaie pleine : NON! » a été noyautée par des partisans de l’initiative se faisant passer pour des journalistes. Ils étaient venus pas tant pour poser des questions que pour livrer leurs arguments, en espérant influencer les médias. Les initiants avaient déjà manœuvré de façon identique lors de la conférence du Conseil fédéral. De là à les qualifier de “faux-monnayeurs”, il n’y a qu’un pas.

VS/27.04.2018

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